Chez l’homme comme chez l’animal, la peur est d’abord une émotion, un sentiment d’angoisse éprouvé en présence d’un danger, réel ou supposé, ou d’une menace. Elle est définie comme un instinct naturel de survie, donc de défense, et un comportement inné qui permet d’assurer la sauvegarde de l’intégrité physique, notamment chez les animaux. Elle optimise également les sens et permet d’avoir une meilleure perception de l’environnement.

Il existe cependant deux types de peurs :

La peur dite « normale » qui, pour le chien comme pour les autres animaux, est souvent déclenchée par une situation nouvelle, donc inconnue, ou engendrée par un élément connu mais qui rappelle des stigmates affligeants pour le chien, ce qui pourrait être associé systématiquement à une « mauvaise expérience ».

Cette peur ne nécessite point une quelconque rééducation comportementale pour la juguler, mais doit être régulée et contrôlée car elle reste une réaction souvent indispensable et vitale.

La peur dite «pathologique » est une peur irraisonnée et poussée à l’extrême. C’est une phobie excessive et généralisée. Le chien a peur pratiquement de TOUT, des personnes qu’il rencontre avec son maitre ou qui passent dans la rue, de bruits des matériels électroménagers utilisés à la maison, de voitures, d’un coup de tonnerre ou même d’un futile claquement de mains.

Cette peur a la particularité d’être ingérable et difficile à vivre, tant pour le chien que pour son maitre.

Pourquoi mon chien a peur ?

La cause la plus incriminée dans ce genre de trouble du comportement chez le chien est « le syndrome de privation sensorielle » appelé aussi « syndrome du chenil » ou encore « Kernel syndrome ». En quoi consiste ce syndrome ?

 

Le syndrome de privation sensorielle (SPS)

Le syndrome de privation sensorielle est un trouble qui est développé chez les chiens ayant eu, lors de leurs 3 premiers mois, un milieu pauvre en stimulations, comme pourrait l’être un chenil.

Ce syndrome correspond à une incapacité d’adaptation du chien en milieu inconnu ou face à des situations nouvelles, suite à un développement (période de socialisation jusqu’à 3 mois) qui s’est déroulée en milieu hypo stimulant.

En plus clair, pendant les trois premiers mois de la vie d’un chien, celui-ci enregistre « inconsciemment » tous les stimuli de son environnement, bons ou mauvais, qui lui serviront, plus tard à l’âge adulte, de bases de données référentielles et de seuil de tolérance par rapport à tout ce qui l’entoure. Donc, vulgairement, nous dirons que toutes les situations que le chien risque de rencontrer à l’âge adulte ont déjà été inscrites préalablement dans son subconscient. Les spécialistes comportementalistes assimilent ce stockage à celui d’un disque dur d’un ordinateur.

En revanche, si votre chien n’acquiert pas suffisamment d’expériences pour s’adapter plus tard à de nouvelles situations, s’il a vécu dans un environnement pauvre en stimulations, s’il est trop isolé pendant cette période cruciale de sa vie (entre la troisième et la douzième semaine de la vie du chiot), s’il n’a pas profité de l’apprentissage de notions de socialisation, s’il ne se promène presque pas, s’il ne découvre pas les éléments constituant son environnement, il va développer ce que l’on appelle un « seuil d’homéostasie sensoriel bas », qui provoque, à l’âge adulte, des phobies névrotiques parfois handicapantes.

Il est donc très important de lui apprendre les leçons d’une éducation positive et juste, car les  deux premiers mois de la vie d’un chiot sont fondamentaux et déterminants.

Étude clinique de ce syndrome

On distingue trois stades de gravité croissante, les réactions de peur étant le symptôme commun à tous ces stades. Cette peur peut se traduire par la fuite, l’agressivité, une inhibition, des manifestations neurovégétatives ou des problèmes graves de santé.

Stade I ou stade phobique :

La peur concerne un objet particulier ou identifiable, ce que l’on appelle une phobie ontogénique, comme par exemple la peur d’un aspirateur en route, le vrombissement d’un moteur de voiture ou le bruit du tonnerre.

L’exemple classique est le chien qui a peur des coups de feu (phobie simple). Cette phobie peut se généraliser et devenir une phobie complexe. Dans ce cas, le chien manifeste de la peur dès que son maître met sa veste de chasse: il anticipe la situation phobogène.

Comment y remédier ?

A ce stade, la rééducation est facile puisqu’il est possible d’appliquer le « processus d’habituation » qui consiste à familiariser le chien, progressivement et graduellement surtout, à cet élément qui déclenche chez lui une peur. La solution consiste à apprendre, à travers des séances courtes mais répétées régulièrement, au chiot à se rapprocher de cet élément, sans le forcer, tout en lui faisant deviner que la situation ne comporte aucun danger, ni  menace, et en lui laissant surtout (c’est très important) la possibilité de s’enfuir et de revenir quand il le veut.

 

Stade II ou stade de l’anxiété permanente :

C’est la peur de l’environnement. L’animal présente des symptômes d’anxiété permanente qui sont une hyper vigilance, c’est-à-dire que son comportement est modifié en permanence car tous les stimuli le font réagir : l’animal est toujours en alerte permanente et sursaute à chaque stimulus.

Le chien malade a alors du mal à s’adapter aux changements : on note une dérégulation des autocontrôles, il réagit plus impulsivement, peut devenir boulimique ou se lèche les pattes dans un geste de une manie compulsive.

Il se cache sous les meubles et ne mange que lorsqu’il est seul, souvent la nuit. Le chien adopte une attitude d’« exploration statique » qui consiste à explorer son environnement sans se déplacer, mais tend juste le cou en se tenant à chaque fois prêt à fuir.

Le chiot est toujours en « posture expectative », ce qui signifie qu’il adopte toujours une posture d’attente et toujours prêt à réagir ou, cas extrême, à fuir.

Il est souvent malpropre par peur de sortir dans la rue et peut présenter des activités substitutives comme le léchage intempestif d’une patte ou d’une autre partie du corps.

Le chien présente parfois de l’ « agressivité réactionnelle » à la peur ou un « hyper attachement secondaire » à l’anxiété où l’animal ne pourrait s’apaiser qu’en présence d’une personne ou d’un autre animal. Seul il panique et peut s’adonner « furieusement » aux diverses nuisances, telles que vocalisations, malpropreté, destructions…

Comment y remédier ?

A ce stade, la méthode de processus d’habituation ne donne pas de résultats probants. On observe souvent que le chien comble ce déficit émotionnel par des mécanismes de compensation, telles les « activités de substitution » qui, pour se détendre, le chien lèche excessivement le même membre.

Pour préconiser une solution adéquate à ce trouble du comportement, il faudra bien sûr diagnostiquer la cause de cette angoisse pour bien la traiter et l’accompagner par l’intervention d’un vétérinaire.

Ici on parle davantage de prévention et de travail par « immersion contrôlée » qui permettra au chien de se détendre progressivement.

 

Stade III ou phase dépressive :

Cette phase est caractérisée par une dépression pouvant engendrer de graves problèmes de santé chez le chien.

Cet état se manifeste par une anorexie, trouble du sommeil, retard de croissance ou diminution des phases de sommeil profond et apparition d’habitudes de malpropretés : c’est une urgence médicale.

Comment y remédier ?

Plus le chien s’est introjecté des peurs plus il sera difficile de l’apprivoiser.

Quand vous vous apercevez que le chien présente une peur d’un objet, utilisez la méthode de processus par habituation. Par contre, dès que vous détectez une peur liée à l’environnement général, travaillez par immersion. Jamais longtemps, mais régulièrement.

Traitement

Le traitement préconisé pour ce trouble du comportement est une thérapie comportementale associée à un traitement chimique (médicamenteux) sur une durée de 6 mois au moins. La prescription de psychotropes permettent de diminuer les réactions de crainte et de peur du chien et de faciliter l’application de la thérapie comportementale.

 

Que faire pour éviter ce trouble ?

  • Apprenez à votre chiot, particulièrement lors des premiers mois de sa vie, toutes les choses possibles à faire ensemble et faites-lui découvrir tout son environnement : ville, foule, marchés, foret, voiture, les autres animaux, les autres personnes etc. pour se familiariser.

 

  • Il ne faut pas attendre la vaccination complète du chiot pour le sortir car cette dernière arrive à terme au troisième mois de sa vie, donc il ne commencera à sortir qu’à cet âge-là, ce qui est en soit une erreur majeurs. Votre chiot a besoin d’explorer l’environnement extérieur très tôt. Faites-le sortir très souvent et régulièrement en tachant seulement de lui éviter les contacts et les rassemblements de chiens ou les zones où l’hygiène est insuffisante.

 

  • N’oubliez pas : thérapie par habitude (stade I) ou par immersion dès l’apparition des premières peurs (stade III). Enfin, un traitement vétérinaire est plus que conseillé au stade III.

 

Le rôle du maitre est majeur

Le maitre doit savoir comment se comporter positivement avec ce trouble :

  • Il doit feindre d’ignorer cette peur manifestée par son chien pour ne pas la renforcer.
  • Il doit lui exprimer beaucoup d’affection, de compréhension et d’assurance. Par contre, il faut éviter de le caresser lorsqu’il a peur car cette attitude valide son comportement anormal, donc il comprendra que vous lui donnez raison d’avoir peur.

Il faut que le chien ressente que vous êtes indifférent et complètement neutre par rapport à son angoisse, car la devise du chien est la suivante : « si mon maitre n’a pas peur, je n’ai pas peur ».

  • Parlez-lui avec assurance et beaucoup de détermination.

Comment apaiser votre chien au quotidien ?

Pour aider votre chien à se sentir bien, dès son arrivée : proposez lui un endroit confortable et sécurisant dans une pièce calme.

Réservez plus de temps pour balader et promener votre chiot. Les sorties lui font découvrir le monde extérieur qui ne ressemble pas du tout à celui de la maison. Emmenez-les dans des lieux calmes d’abord, puis progressivement dans des endroits plus animés et bruyants.

Mettez votre chiot en situation de présence avec différents stimuli, soudains et inconnus pour lui, qui font surtout du bruit. Proposez-lui aussi des jouets qui font du bruit ou qui peuvent se mettre en mouvement.

Utilisez un diffuseur de phéromones de synthèse qui se compare aux apaisines naturelles sécrétées par la mère.

Le diffuseur de phéromones de synthèse ou le diffuseur d’hormone d’apaisement, connu aussi sous le nom de Dog Apaisine Phéromones (D.A.P)  est, son nom l’indique, un diffuseur d’une hormone appelée l’apaisine qui est une hormone de synthèse recréé afin de calmer et rassurer les chiens stressés.

Les apaisines sont des phéromones (hormones) sécrétées au niveau du sillon inter mammaire dès le troisième jour de la vie du chiot et qui permettent au chiot de se détendre et d’être apaisé lors de la tétée L’apaisine rassure les chiots anxieux et même le chien adulte.

Cet accessoire existe sous forme de diffuseurs ou des colliers que vous trouverez chez votre vétérinaire ou en magasin spécialisé.

Utilisez également les Fleurs de Bach. Ce sont des élixirs floraux réalisés à partir de 38 essences de fleurs. Elles tiennent leur nom de celui qui les a crées : le Dr Edward Bach. Ces préparations ont pour objectif de ré-harmoniser les états d’esprit. Le Dr Bach a rangé les 38 remèdes sous 7 catégories, chacune s’adressant à un type émotionnel précis, dont la peur, l’incertitude, la solitude etc. Sous forme de gouttes, ces remèdes permettent, parfois, d’aider le chien à se sentir mieux. N’hésitez pas à vous renseigner auprès d’un spécialiste ou d’un pharmacien.

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